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Impact de la contrefaçon numérique sur la musique. Partie 1

Les ventes physiques et numériques de la musique, bilan du Midem 2009

Le marché de la musique connaît depuis quelques années de profonds bouleversements : la musique numérique explose tandis que le support physique chute. La faute au téléchargement illégal ?

     À L’ÉCHELLE INTERNATIONALE, LE BILAN EST MITIGÉ

               La tour des ventes physiques s’écroule toujours

Le marché mondial des supports physiques musicaux observe une courbe décroissante qui perdure depuis maintenant plusieurs années. En effet, depuis les années 2000, on assiste à une baisse considérable des ventes physiques en volume et en valeur. Cette diminution des ventes a même débuté avant l’émergence du téléchargement illégal massif sur les réseaux P2P (en 2001), qui correspond à l’arrivée des abonnements Internet haut débit. Déjà en 2000, les ventes physiques de musique avaient diminué de plus de 4%, en passant de 38,67 milliards de dollars US (en 1999) à 36,93 milliards en 2000. En 2001, la tendance s’est poursuivit, le marché de la musique physique ne représentait plus que 33,66 milliards de dollars US. Il faut savoir que pour ces 3 années consécutives, l’IFPI comptabilisait seulement les supports CD (single, album, Minidisc), pour estimer l’ensemble du marché de la musique (la musique numérique n’étant alors pas assez développée). En 2002, la donne a quelque peu changé puisque l’IFPI a ajouté parmi les supports physiques la VHS et le DVD de musique. Ce qui pourrait expliquer l’augmentation du marché en 2002 qui est passé à 34,63 milliards de dollars US. C’est véritablement à partir de 2003 que la courbe de la valeur du marché de la musique physique décroît, pour ne cesser de chuter au fil des années. En effet, en 2003, le support physique de musique représentait 34,11 milliards de dollars US pour baisser à 33,61 milliards en 2004. En 2005, ce marché a diminué de 6,7 % en valeur, totalisant environ 31.78 milliards de dollars, pour passer en 2006 a seulement 28.32 milliards. En 2007, le marché de la musique sur support physique ne représentait plus que 24,54 milliards de dollars US et au 1er semestre 2008ce secteur a chuté de 12 % par rapport à 2007 pour tomber à environ 21,6 milliards.

Sources : rapports de l’IFPI 1999 ; 2000 ; 2001 ; 2002 ; 2003 ; 2004 ; 2005 ; 2006 ; 2007 et 2008  

               La musique numérique se bâtit une forteresse

Le marché mondial de la musique numérique a connu une nouvelle fois en 2008 une croissance très éloquente. Selon l’IFPI, la fédération internationale de l’industrie du disque, les ventes légales mondiales de musique numérique ont augmenté de 25 % en valeur, générant un chiffre d’affaires de 3,7 milliards de dollars : « music compagnies’ digital revenues internationally grew by an estimated 25 per cent in 2008 to US$3.7 billion ». Ainsi, les téléchargements légaux de musique à l’unité ont augmenté de 24 % tandis que les téléchargements d’albums ont grimpé de 36 %. Cette forte croissance est toutefois moins importante que celle connue en 2007. En effet, cette année, le marché mondial de la musique numérique avait alors augmenté de 30 %, pour des revenus atteignant les 2 milliards de dollars. Il reste que cette croissance se poursuit déjà depuis plusieurs années. En 2004, le chiffre d’affaire généré par la musique digitale était alors de 380 millions de dollars, il a augmenté de plus de 3 fois sa valeur en 2005 pour atteindre 1,1 milliards de dollars. En 2006, les revenus ont doublé et dépassé la barre des 2 milliards de dollars, pour frôler 3 milliards (2,9 exactement) en 2007. En 4 ans, les revenus liés à la vente légale de musique digitale ont été quasiment multipliés par 10 en valeur, comme le graphique ci-dessous l’illustre :

Sources : rapports 2005 ; 2006 ; 2007 ; 2008 et 2009  de l’IFPI   

               Le marché de la musique ne remonte pas la pente

L’augmentation des ventes de musique numérique ne permet pas de compenser les pertes liées à la baisse des ventes de supports physiques. En effet, en 2007, le marché mondial de la musique (« trade revenues ») s’élevait à 19.4 milliards de dollars, alors qu’il était à 19,6 milliards en 2006, presque 21 milliards en 2005 et plus de 21,5 milliards en 2004. Au 1er semestre 2008, le chiffre d’affaires a baissé de 5 %, générant ainsi des revenus pour le secteur de la musique avoisinant les 18 milliards de dollars. La musique numérique ne suffit donc pas à inverser la tendance négative de l’industrie du disque, comme on peut le constater avec ce graphique :

Sources : rapports 2004 ; 2005 ; 2006 ; 2007 et 2008 de l’IFPI 

               La musique numérique gagne du terrain

Malgré cette perte de vitesse du marché de la musique, il n’en demeure pas moins que le secteur de la musique numérique représente un réel « eldorado » pour l’industrie musicale, prenant au fil des années de plus en plus d’ampleur. En effet, en 2005, la part des ventes numériques sur les ventes totales était de 5 %, en 2006, le taux a grimpé jusqu’à 11 % pour atteindre 15 % en 2007 et 20% en 2008 : « digital platforms now account for around 20 per cent of recorded music sales, up from 15 per cent in 2007 ». Ce constat à l’échelle mondiale est le reflet des tendances nationales puisque tous les pays connaissent plus ou moins les mêmes évolutions : pertes globales du marché de la musique mais avec une forte hausse des ventes numériques. Qu’en est-il exactement de la France ? Quel bilan est-il ressorti du Midem 2009 ?

     EN FRANCE, LA MUSIQUE NUMÉRIQUE EST EN PLEIN ESSOR

A l’image du marché mondial de la musique, le bilan 2008 de l’industrie musicale française est globalement négatif, mais certaines conclusions favorables et encourageantes ressortent malgré tout de ce secteur en pleine mutation.

               Le support physique de la musique tombe de haut

Le rapport 2008 du SNEP (Syndicat National des Editeurs Phonographiques) a été présenté lors du plus grand rassemblement de professionnels du secteur de la musique au monde, le 16 janvier 2009 au Midem de Cannes (Marché International du Disque et de l’Edition Musicale). Selon le SNEP, le marché de la musique en France (physique et numérique) totalise 606 millions d’euros en 2008, soit 107 millions d’euros de moins qu’en 2007 (-15%). Cette chute est sans surprise puisque depuis 2002, le marché de la musique s’affaiblit d’années en années. En huit ans, ce secteur a perdu plus de 50% de sa valeur. Le bilan de 2008 s’établit ainsi à 696 millions d’euros de moins qu’en 2002. Pour les supports physiques (les CD audio), les ventes représentent 530 millions d’euros en valeur en 2008, soit une baisse de 19,9 % (- 132 millions d’euros) par rapport à 2007. En volume, les ventes physiques sont évaluées à 60 millions d’unités, c’est 18,3 % de moins qu’en 2007. C’est d’ailleurs le répertoire classique qui enregistre la plus importante baisse (-24%). Déjà en 2006, le chiffre d’affaire des ventes physiques de musique avait chuté de 11,8 %, soit des revenus estimés à 1 287 millions d’euros alors qu’ils atteignaient environ 1 439 millions d’euros en 2005. Mais la palme de la chute la plus vertigineuse au niveau des formats est sans conteste attribuée au single, qui perd 47 % par rapport à 2007, soit un point de moins de part de marché (le single ne représente désormais plus que 2% des ventes globales physiques). Le chiffre d’affaires généré par les supports physiques de musique décroît sans discontinuer depuis plusieurs années en France, à l’image du graphique ci-dessous :

 Source : SNEP

               Les ventes de musique numérique décollent en France       

En revanche, le bilan est très positif pour la vente de musique numérique. En effet, en 2008, les ventes numériques ont augmenté de 49 % par rapport à l’année précédente, soit des recettes supplémentaires estimées à 25 millions d’euros, pour un revenu total de 76 millions d’euros. La vente de musique numérique la plus importante parmi les trois modèles économiques concerne la téléphonie mobile hors abonnement, estimée à 35 millions d’euros. Puis viennent successivement le téléchargement via Internet (hors abonnement) représentant 24 millions d’euros et le streaming couplé aux abonnements via Internet et le téléphone mobile, qui ont généré en 2008 17 millions d’euros. D’ailleurs, les revenus liés à la musique numérique affichent une courbe croissante depuis plusieurs années. En 2004, les revenus s’élevaient à 8,5 millions d’euros, en 2005 ils représentaient 30,7 millions d’euros, en 2006, 43,5 millions et en 2007, 50,8 millions d’euros. 2008 peut donc se venter d’avoir quasiment multiplié par 10 ses revenus en seulement 4 ans dans ce secteur numérique, comme en témoigne le graphique ci-dessous :

Source : blog du SNEP

Malgré son fort accroissement, la vente numérique de musique ne permet pas à l’industrie musicale de compenser ses pertes. Toutefois, il n’en demeure pas moins que cette hausse fulgurante de la consommation de la musique numérique par les français est un constat très encourageant pour les années à venir. En tout état de cause, si ces augmentations ne parviennent pas à combler les pertes liées aux ventes de supports musicaux physiques, le marché de la musique en ligne promet de prospérer et d’évoluer dans ce sens continuellement. D’ailleurs, on peut tout à fait imaginer que le marché de la musique numérique dépassera celui des supports physiques, en volume mais aussi en valeur d’ici quelques années.

     LE NUMÉRIQUE, L’AVENIR DU MARCHÉ DE LA MUSIQUE ?

L’industrie musicale attribue la crise du disque à la contrefaçon numérique. D’ailleurs, selon l’IFPI, la part des téléchargements illégaux de musique serait de 95 % contre seulement 5 % de téléchargements licites : « globally around 95 percent of music tracks are downloaded without payment to the artist or the music company that produced them ». En 2008, l’IFPI a ainsi estimé à 40 milliards le nombre de fichiers échangés illégalement dans le monde. Mais le téléchargement illégal n’est pas la seule raison. L’origine de cette crise correspond plus à une mutation des modes de consommation de la société, face à laquelle l’industrie musicale ne s’est pas encore totalement adaptée et ne parvient pas à avoir la main, contrairement au modèle physique de la musique. L’industrie musicale semble hésitante voire méfiante à l’égard de cette dématérialisation de la musique sur laquelle le contrôle et la gestion est plus difficile. D’ailleurs, selon bon nombre de professionnels, cette hésitation est très palpable depuis quelques années au Midem, où les contrats sur place se raréfient, contrairement à il y a encore 15 ans. Il semble même que le modèle économique numérique remplace peu à peu le modèle classique de la musique physique. D’ailleurs, l’industrie musicale a déjà fait face à une migration des modes de consommation, lorsque le CD audio s’est imposé face aux cassettes audio analogiques et aux vinyles dans les années 1980. On peut noter néanmoins que le vinyle (créé au début des années 60) a su cohabiter avec la cassette audio analogique pendant près de 30 ans. Par ailleurs, ce sont les disc-jockeys dans les années 90 principalement qui ont fait survivre le vinyle. Aussi, depuis les années 2000, on assiste à une dématérialisation de la musique, avec des formats numériques (type MP3, MPEG…) qui correspondent à une société tournée vers l’ère numérique. A l’évidence, la contrefaçon numérique ne peut être considérée comme la seule responsable de la baisse des ventes de musique physique. L’avenir de la musique est probablement le numérique mais ce modèle économique se cherche encore et l’industrie musicale traverse une phase intermédiaire inconfortable et longue, située entre le modèle économique classique et l’émergence de modèles économiques numériques qui restent marginaux et pour la plupart expérimentaux.

*

L’évolution du marché mondial de la musique dévoile un secteur en pleine mutation qui tend à se développer de plus en plus vers le numérique. Comme tout bouleversement des modèles économiques, l’industrie musicale souffre considérablement et les pertes (en volume et en valeur) sont de plus en plus importantes chaque année. La vente numérique de musique est un modèle économique récent mais qui, malgré son succès grandissant, ne parvient pas à compenser les pertes des ventes physiques. Ce constat est identique partout dans le monde, avec néanmoins des variantes en fonction des pays. Si globalement les ventes numériques augmentent partout dans le monde, 95 % du marché mondial de la musique numérique en 2008 est répartit entre seulement 5 pays : les Etats-Unis (39 %), le Japon (19 %), la Grande Bretagne (16 %), la France (12 %) et l’Allemagne (9 %). En tout état de cause, l’évolution de la consommation de la musique implique nécessairement la création de nouveaux supports et, a fortiori, le déclin des anciens supports. La musique numérique promet d’être le modèle économique dominant de demain. Pour cela, le développement d’offres compétitives et attractives sera une condition sine qua none pour concurrencer la gratuité de la contrefaçon numérique. D’ailleurs, plusieurs projets sont très prometteurs comme un système similaire à la licence globale avec Choruss aux Etats Unis, initié par la major Warner et rejoint par Sony BMG et EMI. On pourra également citer le projet de licence globale à l’île de Man, des abonnements forfaitaires de musique quasiment illimitée comme Orange Music Max ou encore, des modèles reposant sur le publi-financement comme Deezer ou encore des plateformes proposant de la musique sous licence ouverte, à l’image de Jamendo. Du reste, si la musique numérique nécessite de se développer et de se perfectionner, il est un secteur de la musique qui n’a plus besoin de faire ses preuves : le concert. En effet, partout dans le monde, le « live » représente une valeur sûre pour l’industrie musicale et les artistes… La suite dans un prochain post !

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1 commentaire pour l'article “Impact de la contrefaçon numérique sur la musique. Partie 1”

  1. Très pragmatique votre analyse !
    En tant que professionnel indépendant de la musique, je partage tout à fait vos constats et points de vues…
    Merci.

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